Translucide : Game Freak (II)

Deuxième partie de cette saga en trois actes

 

PARTIE 2

DE L'ENCRE AUX PIXELS :
LA NAISSANCE DE QUINTY

Un article qui ne sera pas très long. Je garde tout pour la dernière partie.

 

Quand le développement de Quinty commence, Game Freak est encore une revue papier et le studio n’a pour l’instant rien d’officiel. Aux côtés de Tajiri, on retrouve d’autres passionnés de jeu-vidéo rencontrés par le biais du magazine. Les développeurs se réunissent le soir en marge de leurs études ou de leur travail pour mener leur projet à bien. En 1986, Satoshi Tajiri a donc un job de journaliste (en parallèle de ses efforts avec Game Freak, dont la parution devient épisodique) et travaille comme développeur et game designer le soir. Ken Sugimori se contente de petits boulots et s’occupe de l’adaptation en manga d’une série télévisée. C’est lui qui assure les illustrations de Quinty. Passionné de musique, Junichi Masuda a un diplôme d’informatique et est employé dans une entreprise développant des logiciels professionnels. Il rejoint l’équipe de Quinty en 1988, après qu’un ami de Tajiri lui ait demandé s’il voulait bien composer les musiques du jeu.

 

Dans l'ordre : Tajiri, Masuda, Sugimori en 2016

Ces trois-là ne se quitteront plus. Le trio passera des heures dans le petit appartement de Tajiri à plancher sur le développement de Quinty. Plusieurs producteurs de chez Nintendo, ainsi que le studio Kindle Imagine Develop se grefferont à la jeune équipe pour terminer le jeu.

En ce qui concerne la revue, quelques rares exemplaires paraîtront en 1986. Tajiri et son équipe étant trop occupés avec Quinty, la page finira par se tourner et le dernier numéro du magazine sortira le 13 septembre 1987. Fin d’une ère. Mais la route victoire s'amorce.

 

Hi hi. Kawaii.

En tout, le développement de Quinty dure trois ans. Après avoir terminé le jeu et jugé de sa qualité, Satoshi Tajiri commence à chercher un éditeur. Au passage, c’est un procédé plutôt inhabituel. Pourquoi ? Parce que généralement, les développeurs font l’inverse. Le premier truc à faire quand on veut développer un jeu, c’est de démarcher les éditeurs qui acceptent ou non de financer le projet qu’on leur présente. Bref. Du coup, Tajiri s’oriente vers Namco, chez lesquels il a des contacts dû à son travail dans le milieu journalistique. C’est eux qu’il juge les plus à même d’éditer un jeu d’arcade comme Quinty. Chez Namco, on est séduit, et ils acceptent tout de suite d’éditer le jeu. Résultat : Game Freak devient officiellement une société le 24 avril 1989. Quant à Quinty, le jeu sort le 27 juin de cette même année.

 

Pub japonaise pour Quinty. Le jeu a ce côté loufoque propre au Japon. Je sais pas s'il y a un mot pour décrire ça. 

 

Voilà une illustration parfaite de la "touche loufoque japonaise" dont je veux parler. Je vous montre ça parce qu'on va y revenir juste après.

 

Où est-ce qu'on en était ? Ah ouais. Quinty se vend à plus de 200 000 exemplaires au Japon. Game Freak engrange environ 50 millions de yens, soit 300 000€. La machine est lancée mais rien n’est joué pour autant. Tajiri croit fermement que le marché américain est une opportunité à saisir. Il décide de se rendre sur place. Là-bas, il parcourt la côte-ouest en espérant qu’un éditeur s’intéresse à Quinty. Problème, le jeu est jugé trop mignon. Pour vous restituer un peu le délire, faut savoir qu’à cette époque, en Occident, la mode c’était la violence, l’action et la puissance. Les jeux devaient avoir un goût de cinéma hollywoodien, de sueur, de burger.

 

This is a caricature. Malgré tout, ça résume assez bien la demande vidéoludique des studios américains pour ces années-là.

Après plusieurs refus et autres offres décevantes lui demandant de lifter complètement la tronche de son jeu, Tajiri finira par se plier aux exigences américaines d’Hudson Soft. Quinty doit être modifié pour avoir l’air plus lugubre. Par la même occasion, le jeu est renommé et devient Mendel Palace.

 

Voilà à quoi ressemble Quinty après son lifting. On a perdu le côté kawaii et l'aspect loufoque. Dingue, non ?

 

Avec en prime la pub pour Mendel Palace aux States. Vous pouvez comparer avec celle de Quinty. Bon, au final, en terme de gameplay ça reste assez similaire.

 

Lifter Quinty n'est pas la mission la plus réjouissante pour Game Freak, mais bon... ça reste une source de revenus, et potentiellement d'expansion. Désabusé, Tajiri se dit qu'il est peut-être temps de passer à la suite et de chercher des partenariats au Japon plutôt qu'outre-Atlantique. Grâce aux contacts établis du temps de son magazine, Game Freak se lance dans une nouvelle aventure et va tour à tour rencontrer Sony, Sega et Nintendo.

 

Suite et fin demain.

 

Mais si vous êtes impatient, vous pouvez retrouver l'histoire entière en vidéo (avec ma voix de blasé) ici.

 

Sources : Générations Pokémon : 20 ans d’évolution. Bulbapedia. Poképédia. L’interview sur Game Center CX. Reddit.

Par Goupelin

Auteur

Goupelin
Ma magie, c'est les mots. Mon feu, ma fermeté.

  • Blub 15/02/18 à 19:03
    C'est super intéressant, j'ai hâte de lire la suite!
  • Goupelin (Rédacteur) 13/02/18 à 12:39
    Merci les gars. @Ritsuki, le prochain koi king est enregistré et monté. Ne reste plus que les illustrations. Ca a pris un peu de temps, parce qu'on a eu quelques soucis avec le doublage, et à la base, même si j'avais un plan en tête, y'avait que le premier épisode d'écrit. Là y'en a 5 sur 7. Une fois le 2 sorti, on devrait garder un petit rythme je pense.
  • Ritsuki 13/02/18 à 11:38
    #TeamGoupelin

    Un article de qualitay, comme d'hab. A quand le prochain Koi King sinon #relouman
  • Kazugaya 12/02/18 à 22:35
    La chanson est sympa !
  • The Architect 12/02/18 à 14:02
    Un beau travail! Continue comme ça
    Vive ghetis