Est-ce que vous avez déjà regardé quelqu’un jouer à un jeu de cartes ? peu importe le jeu, être spectateur de ce genre d’évènement bah… c’est plutôt particulier.
On alterne sa position entre les deux adversaires, on voit la main de chacun, on s’autorise à regarder les cartes faces cachées, on donne des conseils malvenus… bref : on casse les pieds. Et pour peu qu’on ne connaisse pas les règles, on saoule avec nos questions.
Tout ça pour dire ; regarder un combat de cartes, c’est pas passionnant même pour les passionnés.
Cette réflexion, Anthony Cioppa, professeur à l’université de Liège, mais également fan de Pokémon depuis toujours, l’a eu aussi. Son idée : améliorer le confort du spectateur en faisant apparaître les Pokémon présents sur les cartes, sur le plateau. En 3D, genre ils ressortent comme dans Yu-Gi-Oh! Ou comme dans la mini-série animée À l’ascension des cimes sur le TCG Pokémon.
POV : Tu es au tour 0 et tu sais déjà que tu as perdu
T’es qui Anthony ?
Anthony, il est belge. Dit comme ça, ça a l’air de rien mais c’est très important, car ça nous permet de justifier les taches d’huiles de friture sur la lettre qu’on a reçue quand il nous a contacté.
Le plus important c’est la deuxième cuisson !
Comme dit dans l’introduction, Antho (je me permet, nous sommes devenus intimes), est professeur en vision par ordinateur et science des données à l’université de Liège.
En gros, il passe sa journée sur son PC afin d’analyser des images et collecter des données. Genre dans son bureau, il a encadré un tableau Excel tellement il adore les données.
Comme tout bon Belge, il aime le foot. De fait, dans le cadre de son métier, il a énormément fait travailler ses machines sur des diffusions de matchs.
Genre, grâce à ses logiciels, il pouvait déterminer où était la balle dans l’espace, où était situé les joueurs sur le terrain, qui a fait le plus de touches, s’est le plus gratté le nez pendant la confrontation, qui avait les lacets défaits à la 33ème minute et 42ème seconde. Je vous le dis : un pro de la collecte de données.
Une fois, alors qu’il “surveillait” ses élèves lors d’un contrôle, il s’est maté une vidéo d’un certain “SuperZouloux”, joueur de Yu-Gi-Oh!.
Ce dernier avait développé un système, à base de playmate connecté (le tapis sur lequel tu poses tes cartes sleevées pour pas abîmer la carte protégée) et de cartes pucées (comme ton chat que tu veux pas perdre) afin de faire apparaître des modèles 3D visibles uniquement par les spectateurs du stream. Comme dans le dessin animé dans des proportions plus… intimistes disons.
Si vous souhaitez voir la vidéo en question…
Nous étions alors en 2022, Anthony eut une révélation et ses élèves purent copier sur leur voisin sans se faire prendre (comment ça, ça ne se passe pas comme ça dans les universités ? Je dis ce que je veux).
Des Pokémon partout, même dans ton trou
L’année suivante, Anthony commence à recruter parmi ses élèves pour mener à bien son projet. Plusieurs avantages : il trouve plusieurs étudiants autant fan de Pokémon que lui et ensuite, car un étudiant ça coute pas cher.
Un des problèmes principaux à l’expérimentation proposée par SuperZouloux est la nécessité de préparer le matériel de jeu en amont.
Si tu joues avec le mauvais playmate ou avec les mauvaises cartes, bah t’auras rien à l’image. Il faut trouver un moyen d'outrepasser cette limite afin que son logiciel puisse fonctionner en toute circonstance. Et c’est là que ces longues années à analyser en boucle les défaites (et victoires !) des Diables Rouges va porter ses fruits.
Au lieu d’analyser une balle, on va analyser des cartes.
Au lieu d’analyser des joueurs, on va analyser des formes.
Au lieu d’analyser des pénaltys, on va analyser des énergies.
Les joueurs sont plein d’énergie lolmdr !
La petite équipe ainsi formée se lance dans, vous l’aurez deviné : la collecte de données massives sur les cartes Pokémon, de 1999 à aujourd’hui.
Alors pour faire ça, ils vont pas écumer toutes les brocantes du monde hein, ils vont juste aller sur des sites internet où ya toute les cartes. Ils sont pas con les Belges…
De la vidéo viendra la simulation
Démo de son système
Pour fonctionner, son logiciel (nous l’appellerons ainsi pour une facilité de compréhension) qui se présente comme un “complément” à OBS, fonctionne avec trois algorithmes intégrés. Ces trois lascars sont ensuite reliés à une caméra qui se doit de filmer la zone de jeu par le dessus.
Le premier capture l’image et détecte le placement des cartes sans les identifier. Il va, par contre, les isoler.
Le deuxième, organise les cartes et les replace dans le bon sens.
Enfin, le dernier, a accès à une base de données avec toutes les cartes Pokémon. Cartes qui sont toutes associées à un modèle 3D, sprite où que sais-je, stocké sur votre PC.
Et voilà ! C’est ainsi que l’on peut obtenir le visuel présenté dans la vidéo.
Bon, par contre, c’est vrai que c’est un peu guez sur la démo. Les modèles 3D de la 6G se mélangent avec les sprites de EV. Ça rame un peu aussi mais déjà : c’est une démo, et surtout, mine de rien, pour le spectateur, ça offre une meilleure visibilité de ce qu’il se passe sur le terrain.
Anthony nous certifie un taux de reconnaissance de 96% (ce qui est beaucoup), et un taux d'échec de 4% (ce qui est perspicace).
Pour tester le logiciel, ils ont dû placer les cartes dans toutes les positions possible, avec des luminosités différentes, sur des natures de sols différentes (petit stream à la plage oklm)… Le plus gros soucis résident dans un mauvais empilement des cartes : comme pour les évolutions, mais bon… personne ne joue avec des évolutions dans le TCG, donc osef.
Le futur sera virtuel
Aujourd’hui, ce projet est toujours en développement. À terme, l’équipe de l’Université de Liège souhaite se lancer dans la VR pour que, même les joueurs, puissent voir les créatures apparaître sous leurs yeux.
Idem pour les modèles 3D, taffer pour avoir des rendus plus propres et lisses.
Pour que ce futur soit possible, Anthony a besoin de vous !
Ce projet est en total opensource. Comprenez qu’il est gratuit et ouvert à tous : chacun peut intégrer le projet pour l’améliorer ou le tester.
Si pendant un moment, l’installation du logiciel demeurait abscons pour les non-initiés (càd ; que des lignes de codes brutes à renseigner), Anthony s’est chauffé pour créer un exécutable afin d’aider toutes les billes en informatique comme moi. Tu cliques sur un bouton et hop, c’est installé !
Cependant, petite mise en garde, pour faire fonctionner le logiciel, vous aurez besoin d’un bon PC. Anthony a préconisé, je cite “un bon PC Gaming” ce qui veut tout et rien dire à la fois. Ainsi qu’au moins une caméra. Peu importe sa qualité.
L’objectif de ce projet est de faire kiffer la commu TCG Pokémon, rien de plus, rien de moins.
“Atlas avait tout prévu pour son tournoi TCG de Beynat-Chassandier-En-Quercy-Noir. Hélas, il avait oublié les clés de la voiture dans la poche de son pantalon. Et son pantalon avec…”
Si vous souhaitez mieux saisir le fonctionnement du dispositif présenté, ou si, tout bêtement, vous souhaitez l’installer chez vous pour le tester, il vous suffit d’aller sur GitHub pour découvrir tout ça en détail avec de vrais termes scientifiques.
Si vous n’aimez pas trop les jeux de pistes, voici le lien pour télécharger l’exécutable.
En parlant de scientifiques, si vous êtes plutôt article académique un peu ronflant, bah yen a un. C’est efficace un Belge.
Enfin, si vous souhaitez contacter l’équipe vous pouvez en rejoignant leur Discord.
Si vous êtes juste très fan d’Anthony, vous pouvez le suivre sur son compte X (rien de scabreux les enfants, hélas).
Bon, c’est pas le tout mais moi je vais éteindre ma caméra dans mon salon, car actuellement, j’ai un Méga-Zygarde qui se tabasse contre un Regidrago et ça fait un peu de bruit…

