Dossier Pokémon

La censure et Pokémon


Dans la vie, il vous est sûrement déjà arrivé de faire face à un mépris sociétal vis-à-vis du fait que vous jouiez à Pokémon. Si le fait en lui-même ne semble pas exceptionnel en ce qui concerne le jeu-vidéo en France, Gaetan, 13 ans, gestes saccadés et boutonneux, paraîtra plus crédible en joueur «pro» de Call of Duty aux yeux du Jean-Mario bedonnant que vous, en tant que noble et modeste stratège Pokémon.
Heureusement, vous voilà sur Trash, et comme dirait un Grand Penseur du XXIème siècle: «Pokémon, c’est aussi pour les grands». Et surtout, de fait. Car au-delà du simple vomi pixélisé sur des images Hentai durant vos plus longs Dimanches, la censure et Pokémon c’est une véritable histoire d’amour, et ce sous diverses en formes et dans différents formats. Et face à un tel panégyrique d’âneries puritaines, d’hystéries de masse et de légendes urbaines, votre autorité paternelle sera ainsi forcé de vous reconnaître comme un Homme qui ne joue pas à des jeux de lopettes (et oubliera enfin le gros Gaetan et le famélique Kévin, vos deux petits frères qui jouent aux FPS modernes).

I) De l'anime


Perçu dans le monde des esclaves de poches comme sa partie la plus «gamine», l'anime est paradoxalement le plus sujet à une censure «directe». Les raisons invoquées seront souvent pour un excès de violence (par ce que sinon, Pokémon, c'est pas violent du tout: ça raconte juste l'histoire de bestioles sauvages qu'on réduit en esclavage par la force, et pour toutes sortes de tâches, la première consistant à les pousser à s'entretuer afin d'amuser le bon peuple)...mais pas uniquement !

Épisode 18: «La beauté et la plage»


Probablement l'épisode préféré de beaucoup. Le premier non-diffusé au États-Unis et en Europe également (Portugal mis à part). La raison est bien évidemment la même, comme vous l'aurez deviné.
Le titre dudit épisode évoque un concours de beauté, élément central de celui-ci. Et c'est alors que James des éternels souffre-douleurs de la Team Rocket décide de se travestir (probablement pour pouvoir essayer de récupérer quelques revenus, compte tenu de leurs échecs incessants), et nous présente une poitrine bien féminine, et dans des proportions surréaliste dont seuls les mangas gardent le secret.
Il fut finalement jugé que cet épisode était inapte à un public trop jeune. Bah oui quoi, quelle idée de rendre jalouse des gamines de moins de 10ans, alors qu'avec un peu de chances on pourra en faire plus tard des mannequins cadavériques ? La preuve en image.


Épisode 35: «La légende de Minidraco»


Le Safari est sans nul doute une des plus belles inventions de l'Homme: symbolisant à la fois la domination de celui-ci sur cette garce de Mère Nature, qui nous a crées sans ordinateurs à notre disposition, mais également de la hiérarchie entre nous, bons occidentaux, et ces lourdauds de colonisés, cette pratique est hélas en train de disparaître.
Or, dans Pokémon, on a eu le bon goût de lui rendre hommage. Et il s'avère que cet épisode censuré en parle justement. Serait-ce dû à l'aspect polémique du Safari ? Point du tout: Kaïza,  gardien du parc Safari, ne supporte justement pas l'attitude de dresseurs étant venus tout dévaster il y a de ça quelques années, et menace les héros de son beau revolver.
Car oui, condamnons plutôt la violence «directe» de l'arme à feu, pas le principe du safari en lui-même: mieux vaut inculquer de bonnes valeurs morales à la jeunesse.


Épisode 38: «Le soldat virtuel»


De tous les épisodes censurés, celui-ci est le plus célèbre et a été le plus polémique. Contant une aventure informatique avec l'immonde Porygon, Pikachu envoie à un moment donné une puissante attaque foudroyante, dont la lumière flashy provoquera de nombreuses crises d'épilepsie, et la série ne sera plus diffusée pendant 4 mois.
Au-delà du Japon, cette affaire fera trembler les journaux français quant à l'arrivée d'une telle série qui agresserait visuellement nos petites têtes blondes aux yeux bleus. À force d'hystérie collective, on recèlera un nombre certain de jeunes français qui se déclareront épileptique: longue vie à l'effet placebo de masse !


Attention les yeux

Épisode 250: «La cave de glace»


Vous n'avez pu que le remarquer: un grand écart chronologique sépare cet épisode des précédents. Ayant appris de ses erreurs, la série avait réussi depuis à faire un quasi sans-fautes. Pour combler cela, deux sujets à polémique ont lieu ici. La première, c'est le fait que l'hypothermie qu'attrape Pierre dans la cave est comparable à l'épidémie de SRAS qui se propage alors au même moment en Asie, en 2002/2003.

Plus grave, la seconde raison de censure tenait sur la présence de Lippoutou: certaines associations noir-américaines, et en particulier l'auteur et critique Carole Boston Weatherford l'accusent -à tort ou à raison- d'être une véritable caricature raciste: de par sa forme humanoïde (à l'inverse des autres pokémons, en grande partie),  sa couleur de peau (qui a été changé en violet, depuis) et la forme de ses lèvres, entre autres. Ces derniers insistèrent sur le fait que Lippoutou ressemblait même à Little Black Sambo (un personnage stéréotypé raciste présent dans des livres d'enfants à partir de la fin du XIXème siècle) dans une version drag-queen.


Notre héros réussira-t-il à endormir ses ennemis d'une attaque Grobisous ?

II) Du jeu vidéo


Bien plus subtil et moins important, on peut très bien remarquer qu'au fur-et-à-mesure des générations, le jeu a pris un ton de plus en plus correct. Cela est criant surtout en ce qui concerne les 4 premiers jeux (Rouge, Bleu, Vert et Jaune), où l'équipe abordait certains sujets un peu plus sérieux...ou de façon plus «décontractée». En cela, l'on peut parler d'une forme de censure...

Les antagonistes


Chaque génération de jeu voit son lot d'ennemis. Car quoi de mieux pour avancer que de se fixer des buts, des problèmes à résoudre ?
Toujours sans exceptions connues, le premier «ennemi» rencontré sera le rival/pseudo-rival. Dans la première génération, il vous prend de haut, passe son temps à vous traiter de minable et réussit à avoir un thème presque aussi crispant que celui de Lavanville.
Dans la seconde génération, il s'agit cette fois d'une petite frappe (qui vous en colle vraiment une au début, en plus) haineuse, volant un des starters du Professeur Orme et montrant bizarrement un certain mépris pour la Team Rocket (sur qui l'on reviendra). Il s'avère en fait que ce jeune homme est le fils de Giovanni, le patron de la Team Rocket, et en veut à celle-ci car elle s'est montrée incapable. Cela est sous-entendu, de façon cependant explicite dans les remakes de la première génération, Pokémon Rouge-Feu et Vert-Feuille, via un scientifique travaillant pour les escrocs, puis a été confirmé par l'event Celebi dans les remakes de la seconde génération, Pokémon Heartgold et Soulsilver, dans lequel on voit une querelle entre le père et son fils dans le passé.
Mais dès la 3ème génération apparaît alors le concept de «pseudo-rival»: tout en restant rival/rivaux, le(s) personnage(s) reste(nt) ami(s) avec le protagoniste.

Il en va de même avec les protagonistes principaux de chaque aventure Pokémon: les Team.
La première rencontrée, la plus célèbre, et longtemps la seule fut la Team Rocket. Dirigée par Giovanni (référence obligée à la mafia italienne...), celle-ci ne cache pas ses ambitions: exploiter les pokémons, voire les humains juste pour se faire de l'argent facilement. Ces derniers n'hésitent pas à recourir au meurtre ou à la mutilation, comme il sera vu ensuite.
Mais encore une fois, l'arrivée de la 3ème génération apporte un nouveau courant: deux teams, respectivement Aqua et Magma, ressortent une mauvaise synthèses du programme d'Europe-écologie-les-Verts sous acides afin d'agrandir soit la place de l'espace terrestre, soit celui de l'espace maritime. De même, les deux générations suivantes amènent la Team Galaxie et la Team Plasma, l'une voulant créer un univers parallèle «purifié», l'autre un monde où les esclaves auraient le droit de vivre librement et égaux avec les humains (ha ha ha).
Ces 4 nouvelles teams (dont 2 en communs) semblent fonctionner sur les mêmes schémas: bien que la soi-disante «incompréhension» du protagoniste était déjà mise en cause par la Team Rocket, elle est ici encore plus poussée, et semble être attribuée à tous ceux ne joignant par leurs causes. Cette intransigeance pour le moins totalitaire donne un certain aspect sectaire à ces teams, toutes entourées d'idéalismes utopistes (mondes purs, d'égalité entre les êtres, de plus d'espace géographique, etc). Si donc, on perd de la «méchanceté pure et dure» entièrement assumée de la Team Rocket, on se retrouve cependant avec des antagonistes plus profonds, et un scénario moins manichéen et plus adulte qu'auparavant, par les questions éthiques et morales posées. Bien plus qu'une simple censure morale, il s'agit donc surtout de son évolution, même si arrivée brusquement.

Le contenu général


Quoiqu'on en pense, il est communément admis que la première génération de jeux pokémon est la plus «amateur» dans l'esprit, ce qui est logique. Outre de nombreux bugs, et une durée de vie encore loin des jeux les plus récents, on ne peut que remarquer l'usage d'une langue bien moins châtiée qu'à l'accoutumée: on y trouve nombres d'insultes envers le joueur et une utilisation régulière de l'argot. Un certain second degré permanent semble même être présent (qui ne se souvient pas du mythique «Super patate !» ?).
Cet aspect amateur sera radicalement changé dès l'arrivée des versions Or et Argent (seconde génération), de par un style plus froid et professionnel, moins violent également. Et puisqu'il est question de violence, parlons-en ! Plus que verbale, elle se montre parfois à tendance «psychologique» et surtout dans sa crudité. L'exemple parfait, ayant traumatisé des millions de joueurs de tout âges, et ayant connu moult légendes urbaines, est l'abominable Lavanville: elle est le premier lieu, et presque le seul dans tout Pokémon dans lequel la mort est directement présente. Cette ville tient plus du cimetière qu'autre chose. On y retrouve des dresseurs en deuil, l'on doit faire face à des spectres ne pouvant être combattus ni affrontés, exception faite d'Ossatueur, mère d'Osselait qui fut tuée par la Team Rocket.
Bien plus que tous ces événements-là en eux-même, l'élément ayant le plus marqué les joueurs étant cet étrange thème malsain. Et pourtant, il est bien loin d'être le seul. Ainsi, dans les Ruines Alpha de la seconde génération faisons-nous connaissances avec les ridicules Zarbis. Cependant, force est d'admettre que le lieu est étrange et quelque peu inquiétant...et particulièrement la radio allumée: une inexplicable onde y passe lors de laquelle on entend un étrange chant, mettant le joueur mal à l'aise. Difficile il est d'admettre ce qu'un scientifique affirme une fois les 26 Zarbis différents capturés (bonjours le gâchis de balles, tiens): ces ruines seraient en fait un refuge pour les Pokémons. La prochaine fois que vous partez en Europe de l'Est, je vous recommande d'aller prendre une maison d'hôtes chez Vlad Tepes.
Lors de la quatrième génération, on retrouve également le vieux château. Cassant cette «logique» d'un jeu plus enfantin la troisième génération passée, il s'agit de la seconde fois où la mort est directement évoquée. Mais là où dans Lavanville il s'agit de pokémons morts, ce manoir est hanté par des fantômes/apparitions à traits humains. Ce cas reste tout de même exceptionnel.
On peut également noter la vente de queue de Ramoloss par la Team Rocket comme élément «cru» de la seconde génération. Ce fait reste malgré tout atténué par le fait qu'il nous est précisé que cela ne fait pas souffrir les intéressés: c'est une évidente tentative d'adoucir la cruauté de l'acte.
Le contenu des jeux-vidéos des aventures pokémons ont donc bien subit une forme de censure «passive»: du verlan l'on est passé à un côté parfois quelque peu sentencieux, du grand banditisme meurtrier l'on est passé à des idéaux utopistes. Cela ne traduit pas forcément un moindre mal, mais fait changer l'esprit de la série, et explique en grande partie pourquoi beaucoup d'anciens joueurs n'aiment pas les récentes générations.

III) Les joies de l'obscurantisme et théories du complot


Comme il fut précédemment remarqué, Pokémon a subit certaines attaques de l'extérieur. Si l'accusation de racisme reste ambigu, sachez qu'en revanche Pokémon est un vaste réseau de complots. Tellement vaste qu'il sert des intérêts diamétralement opposés, mais telle est justement la caractéristique des impurs. À moins que cette pluralité contradictoire ne soit proportionnelle aux différents bords à l'origine de ces critiques. Mais si ces calomnies sont multiples, elles ont très généralement un dénominateur commun: le monothéisme.

Ainsi, selon certains bastions protestants américains, Pokémon serait l'Objet du Démon, une œuvre sataniste, occulte et païenne, avec pour preuve principale l'usage de pierres magiques. Ce n'est pas pour paraître rabat-joie, mais je connais des néo-païens adorant Thor qui ont dû se marrer à être comparé à des satanistes, tiens. Mais bon, il est bien connu que ce qui n'est pas avec nous est nécessairement contre nous et est donc uni sous le même drapeau.
Dans le même ordre d'idée, nos amis islamistes du Moyen-Orient, non-contents de diffamer Pokémon le firent via des attaques antisémites, s'appuyant sur une ridicule et minuscule étoile sur le front de Kadabra. Certains affirment même que Pokémon signifie «Je suis un juif», en Japonais, ce que je ne peux que vous confirmer: lors de ma première journée à la fac, j'allais voir le département de japonais leur expliquer cette thèse. Ces derniers me regardèrent tout d'abord avec des yeux ronds, suite à quoi ils refusèrent de m'écouter jusqu'au bout et mirent dehors: la preuve que l'on nous cache tout !
Bien entendu, cela a entraîné nombre d'interdictions, notamment en Arabie Saoudite, où les jeux furent bannis.
Afin d'en savoir un peu plus, lisez cet article.


Cette étoile jaune est la preuve irréfutable du sionisme dans Pokémon.

La blague ne s'arrête pas là: de judéo-maçonnique, Pokémon se voit également qualifié de vecteur d'idées National-Socialiste. Une controverse aura lieu à propos de l'utilisation du Manji sur certaines cartes Pokémon éditées en Asie. Ce symbole ressemble fortement au svastika, mais dans un sens inversé, et n'a pas le même impact culturel qu'en Occident.


Bien pire, Pokémon fut accusé à deux reprises d'user du salut hitlérien. La première fois fut lors de l'épisode 287 intitulé «La beauté du jeu»: on y voit le trio Rocket, accompagnés de sbires levant le bras en signe de victoire, ce qui sera mal interprété. La seconde affaire, ayant beaucoup fait parler d'elle, concernait le sprite de Registeel dans Pokémon Diamant et Perle: l'image originale le montrait les griffes en avant, le bras gauche tendu. Le sprite sera donc finalement changé, présentant l'entité dans une posture bien plus sobre.


La firme Pokémon connaît donc très bien la censure: parfois obligée de l'appliquer elle-même sur certains de ses produits pour bourdes diplomatiques, comme pour changement d'état d'esprit, d'autres fois devant faire face à la paranoïa de certains, et pas uniquement les intégristes religieux. Et que cela plaise ou non, c'est via certains compromis que la firme existe toujours et existera encore un bon moment. Et c'est surtout un tel CV qui en fait une série vidéo-ludique nettement supérieure à Call of Duty.

Rédigé par The Shining

Par Loris
  • Yogg 06/11/2018 à 21:03
    Yoyoyo