Pokemon Madness

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Theris

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01 juillet 2010, 14:09
AVANT-PROPOS :

Je tiens à préciser que j'ai arrêté de regarder les épisodes Pokemons dès la seconde saison, et donc que ma mémoire de ce qu'il y a de présenté dedans est très... éparse. Par conséquent, l'univers pokemon que je vais représenter ici est sans doute relativement différent de ce que l'on peut y voir d'habitude. J'espère que les puristes n'en prendront pas trop ombrage.

Je précise aussi que je n'ai pas encore une idée extrêmement précise de ce qui va se passer d'ici un certain temps. Il est donc pas forcément utile de chercher des indices sur ce qui va se passer dans le futur ou autres choses de ce genre.

J'espère que cette histoire, malgré mon manque de style certain, vous intéressera et que Mr le critique littéraire ne verra pas ses yeux fondre devant le texte comme cœur d'artichaut devant un Pichu abandonné. J'espère surtout réussir à faire plaisir.

Ah, et le titre un peu bateau est pas spécialement voulu, mais correspond dans une certaine mesure à certains évènements futurs.

Enjoy !



PROLOGUE :

Spoiler
-Écoute, maman, je crois que tu ne vois pas très bien quel est le souci  et...
-Oh, si, monsieur, je crois bien que je le vois, et même que je le vois mieux que toi, l'interrompit sa maman.

Tom commençait à en avoir plein le dos. Non pas du ton condescendant de sa mère, mais surtout du fait que cela faisait au bas mot un bon quart d'heures qu'il était au téléphone et qu'il aurait bien aimé pouvoir prendre l'air. Il dut se forcer pour regarder à nouveau sa mère dans l'écran, se préparant à recevoir une nouvelle fois ses remontrances.

-La vérité, disait-elle, c'est que tu n'as aucune connaissance des réalités du monde et que tu ignores que l'intérêt général dépasse parfois le plaisir immédiat. En des termes moins galants, tu n'es qu'une enflure d'égoïste, ce qui est finalement parfaitement normal à ton âge.
-Une fois que tu auras fini de m'insulter, tu pourrais peut-être comprendre ce que je cherche à te dire. Et ce que je cherches à te dire, c'est que dresseur de Pokemon est un métier parfaitement honorable.
-"Honorable", hein ? Bien entendu,  ce serait un métier honorable s'il n'était pas aussi répandu. Juste une question : si, dans cinq ans, tu te rends compte que ce n'est pas le métier que tu espérais, que tu n'es pas assez doué, que feras-tu ? Car bien entendu, tu n'auras fait strictement aucune étude secondaire.
-Eh bien c'est à moi de faire en sorte de réussir dans le métier, tout simplement, déclara Tom. Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, j'ai déjà progressé dans le milieu...
-Combien de badges ? L'interrompit encore une fois maman.
-Aucun, répondit-il. Mais ce n'est pas une honte. Je préfères attendre d'avoir une équipe équilibrée plutôt que de me faire rétamer face au premier champion.

Sa mère avait cependant mis -ou plutôt remis- le doigt sur le souci de Tom : il n'avait toujours pas de badges, et ce malgré deux ans d'entraînements. Il n'était pas le seul dans une telle situation : partout où il allait, il pouvait voir les mines des enfants dresseurs plongées dans le doute, leur confiance meurtries par de nombreux échecs. Tom s'estimait cependant au-delà de ces dresseurs "minables" : contrairement à eux, il n'avait jamais souhaité affronter les champions. Comme il avait cherché à l'expliquer à sa maman, il était plutôt partisan de la patience. Un point de vue qu'elle n'acceptait pas.

-Mais il faudra bien que tu les affrontes, assenait-elle. Il faudra bien qu'un jour, tu cesses de vouloir affronter systématiquement plus faible que toi pour rassurer ton ego. Il faudra bien qu'un jour, tu acceptes de perdre, que tu acceptes que l'échec fasse parti de la vie, et qu'en ce moment même, de par ta conduite lamentable, tu te précipites droit dans le gouffre...
-Arrête cela !

Il dut mettre quelques temps avant de pouvoir se remettre les idées en place et avoir quelque chose à lui répondre. Elle venait de porter un nouvel angle d'attaque, elle avait abandonné l'idée de faire comprendre à Tom que dresseur n'était pas un métier productif.

-Pourquoi veux-tu me rabaisser ainsi ? Pourquoi ne me considères-tu pas comme quelqu'un de responsable ? Pour...

Il aurait volontiers continué sa diatribe, mais il fut de nouveau stoppé dans son élan :

-Parce que tu ne l'es pas, justement ! Quel âge as-tu ? Douze ans ! Penses-tu vraiment avoir pu faire le tour de la question alors que tu n'as aucun expérience du métier ? Te rends-tu compte que pour te nourrir toi, ta sœur et vos Pokemons, je suis obligé de dépenser autant que si j'avais eu deux fois plus d'enfants ? Que le métier de dresseur ne rapporte de l'argent qu'aux meilleurs ? Que la plupart des dresseurs adultes sont encore soutenus par leurs proches ? Bien sûr que non, tu ne le peux pas, alors que moi-même, je n'ai pris conscience de la réalité du métier que lorsque je me suis renseigné, qu'avant cela je vous ais tous deux encouragé sur cette voie.
-Dans ce cas, il ne me reste plus qu'à devenir le meilleur, n'est-ce pas ?
-Un rêve d'enfant. Mais dis-toi que tous les autres le souhaitent également.

Il raccrocha. Il n'y avait pas d'intérêt à continuer. Elle se répétait à nouveau.

Il ne s'était pas rendu compte d'à quel point le ton avait monté dans le centre Pokemon. Lorsqu'il se retourna, il vit que près de la moitié des clients le regardaient. Un Leveinard s'était interrompu dans sa tâche et semblait le jauger du regard, comme s'il examinait un patient. Les regards des hommes étaient compatissants, dégoûtés, interloqués, pleins de pitié. Tom s'en foutait. Que pouvait bien lui importer le regard des autres ? Dans la discussion, il n'avait même pas mentionné l'élément important, la raison qui lui avait fait appeler sa mère. Et dans sa conduite, il avait clairement lu la réponse.

Il attrapa son anorak et l'enfila le plus rapidement possible. Il n'avait aucune raison de rester ici, alors même que quelques personnes semblaient prêtes à l'interpeller. Qu'allaient penser ces gens ? Que sa mère voulait qu'il revienne chez lui ? Peuh. Ils n'avaient aucune idée, bien sûr. Mais ils ne pouvaient pas comprendre. Tout autant que sa mère ne pouvait pas comprendre sa situation, eux ne pouvaient faire de même envers la leur. Il vérifia sa ceinture de Pokeballs, s'assurant que les six étaient présentes, puis partit d'un pas assuré.

Sa sœur devait probablement l'attendre près de l'hôtel. Malgré tout, elle avait, elle, un mince espoir que sa mère puisse changer d'avis. Tom ne le pensait pas. Il savait que dans sa famille, les décisions restaient longtemps en place : le comportement de maman, qui avait mis près de deux ans pour retourner sa veste, en était la preuve. Il reconnaissait même ce trait de caractère chez lui.

Il allait bientôt faire nuit. Une nuit glaciale, sans aucun doute. En plein hiver, avec une infrastructure aussi débile, cela ne faisait aucun doute. Lorsque les gens avaient bâti cette ville, ils n'avaient pensé qu'à faire les murs les plus résistants au froid possible, pas à empêcher les rues de former de gigantesques tunnels d'air. L'individualisme primant sur l'intérêt général, en somme. Il reconnût encore une fois les mots de sa mère dans la façon de s'exprimer du monde.

L'hôtel Chast dans lequel ils s'étaient donné rendez-vous était un hôtel plutôt simpliste, en béton plâtré, sans décoration particulière hormis un Miaouss plaqué or ornant la porte. L'hôtel s'élevait sur au bas mot cinq étages et détonnait dans le quartier, du fait que la plupart des maisons aient exactement trois étages chacune. Il attirait donc assez facilement les regards. Mais Tom ne comptait pas aller dans l'hôtel. Il se dirigea prestement vers sa sœur, qui l'attendait quelques mètres plus loin. Le sourire qui ornait son visage disparût dès qu'elle vit le sien et qu'elle comprit qu'il n'y avait plus d'espoir.

-Ça a échoué... je suppose.
-Exact.
-Qu'a-t-elle dit ?
-Oh, les banalités habituelle, que je suis irresponsable, que je ne comprenais pas la situation, que dresseur était un métier sans avenir etc.
-Est-ce qu'elle a souhaité me...
-Non.

Elle se contenta de jeter un regard dédaigneux au loin, comme si au final la nouvelle n'avait pas vraiment d'importance. Minimiser les choses et faire comme si la famille comptait peu était peut-être la seule option qu'ils pouvaient envisager afin de se relancer dans cette grande bataille qu'est le parcours de dresseur sans regretter le passé. Tout en ayant le sentiment que le passé allait de toute façon leur manquer terriblement dans peu de temps.

-En tout cas, reprit Tom, le message était clair : elle ne nous subventionnera plus. Nous n'allons plus recevoir d'argent ni de sa part, ni de l'État. Autrement dit, deux solutions : trouver une source de revenus ou vivre comme des clodos.



Chapitre 1

Spoiler
Les premiers rayons de soleil commencèrent à percer les rideaux. Une lueur douce se répandit dans la chambre, enveloppant le lit à deux place où se trouvaient les jumeaux. Ceux-ci dormaient à poing fermés. Ils s'appelaient Tom et Hélène Smart, et étaient désormais officiellement sans le sou.

La lumière du matin ne les réveillait pas. Ils savaient tous deux qu'ils devraient perdre l'habitude du lit et comptaient profiter le plus possible de leur dernier hôtel. Tom aurait préféré conserver leur argent pour autre chose, mais Hélène avait tenu à avoir une dernière fois un petit déjeuner digne de ce nom. Il avait cédé : il ne tenait pas à devoir faire route avec une sœur râleuse et pleurnicheuse.

Il était sept heures du matin. Le réveil était programmé pour sonner à sept heures et demi : le petit déjeuner commençait à huit heures, mais le temps de se laver et de refaire les bagages, ils pouvaient se permettre une demi-heure d'avance. Et Tom tenait à repartir le plus vite possible. Il était pour lui plus que nécessaire de trouver des renseignements sur leur prochaine façon de vivre.

Lorsque le réveil sonna enfin, seul Tom se réveilla. Il n'avait pas passé une très bonne nuit, se réveillant à peu près toutes les deux heures jusqu'à ce qu'il soit une heure du matin. Il serait volontiers resté plus longtemps au lit, tout en sachant que cela serait impossible. Aussi secoua-t-il l'épaule de sa sœur et partit éteindre le réveil. Il se dirigea vers la douche pendant qu'Hélène remuait en marmonnant des imprécations.

Tom avait douze ans et avait par conséquent commencé son initiation il y a deux ans. On s'attachait à le considérer comme trop grand pour son âge, avec son mètre soixante. Il avait les cheveux bruns et courts, ainsi que les yeux assortis. Son visage était plutôt long, légèrement carré, ce qui avec son air assez renfrogné ainsi que sa musculature ne contribuait pas à lui donner une image avenante. De fait, il ressemblait assez à son père, qui exerce un métier assez physique : plombier. On aurait pu assez facilement l'opposer à sa sœur Hélène, qui contrairement à lui est petite, maigre et peu musclée, d'autant plus qu'elle a sans cesse l'air intimidée, mais les ressemblances physiques ne manquent pas pour autant : ils ont les mêmes yeux, les mêmes cheveux (mais pas la même coupe de cheveux), le même nez petit et crochu. Ils ont de surcroît un autre point en commun : ils ont tous deux passé la puberté en avance.

-Bordel, il peut pas déjà être l'heure de partir, marmonna la fille.
-Bah si, répondit Tom depuis la salle de bains. Passé une bonne nuit ?
-Correcte, si on en croit le réveil, mais j'ai l'impression d'avoir dormi dix secondes, quoi. Tu comptes sortir dans combien de temps ?
-Je viens de rentrer ! Espère pas avant dix minutes ! T'as qu'à faire ton sac en attendant.
-Arrête de me donner des ordres.
-T'appelles ça un ordre toi ?

Elle ne répondit pas. Le garçon rigola tout seul et entreprit aussitôt de se dépêcher.

Il leur fallut près d'une demi-heure pour finir de se préparer, comme prévu, et lorsque ils descendirent prendre le petit déjeuner, celui-ci n'était pas prêt, comme pas prévu. Ils passèrent les dix minutes suivantes à pester en silence ou non contre le service déplorable des hôtels en général et à imaginer ce qu'ils feraient forcément beaucoup mieux à leur place, avant que les serveurs ne sortent enfin les toasts. Tom dut de nouveau calmer Hélène qui lui fit sentir lourdement qu'ils auraient pu en profiter pour rester au lit, et qu'au final si même les serveurs n'étaient pas prêts aussi tôt, les bureaux étaient peut-être pas encore ouvert etc.

-Bon, Hélène, je ne suis pas prophète, je ne connais personne de sérieux qui peut m'apprendre à être prophète et je me vois mal t'improviser des prophéties. De même, je ne crois pas que le gérant de l'hôtel soit prophète et aurait pu me prophétiser que les serveurs allaient avoir du retard aujourd'...
-Tu répètes trop souvent prophète, tu devrais varier ton vocabulaire. Tu veux un dictionnaire pour ton anniversaire ?
-Comme si tu avais de quoi me payer un dictionnaire...
-Ta gueule, veux-tu ?

Hélène regardait son frère avec une expression mi-désespérée mi-colérique, pendant que son frère se contentait de tapoter du doigt d'un air insolent. Voyant qu'il n'arrêtait pas, elle lui colla une baffe. Puis ils reprirent leur petit déjeuner  comme si de rien n'était.

Celui-ci terminé, Tom alla chercher les sacs et remit les clefs au gérant. Il en profita pour lui poser une question :

-Vous ne saurez pas où nous pourrions trouver un organisme d'aide aux Dresseurs Pokémons, ou un truc dans ce genre ?
-Le Centre Pokémon ? Il se trouve au 240, rue des...
-Non, non. Je parle d'un endroit où ce sont les dresseurs qui ont de l'aide. Une sorte de syndicat ou autre, vous comprenez ?
-Ah d'accord... eh bien, il doit y avoir le service aux Dresseurs qui pourrait vous aider. Ils s'occupent entre autres de bourses pour Dresseurs dans le besoin.
"Une bourse ? Pensa Tom. Parfait !"
-Je pense que c'est ce qu'il nous faut. Vous pourriez nous l'indiquer sur une carte ?

Il partit chercher une carte dans une des étagères derrière lui, puis la déploya. Il indiqua en premier lieu la position de l'hôtel, puis celle du service. Il leur conseilla ensuite de prendre le bus "Comme si on avait de quoi prendre le bus, maintenant". En sortant, Hélène remarqua une expression peinée sur la tête de ce dernier et se demanda s'il avait entendu la fin de leur conversation.  "S'il y a dans ce monde des gens capables de s'apitoyer sur notre sort, fasse qu'ils puisse également y remédier", pensa-t-elle.

Malgré la carte, il leur fallut plus de deux heures pour pouvoir se rendre au service. Ils vérifiaient la carte à chaque intersection ou presque, pourtant ils réussirent à se perdre dans l'un des dédales qu'ils devaient emprunter. Plus d'une fois, ils durent s'en remettre à l'aide bienveillante mais pas toujours correcte d'un passant, ce qui pouvait les remettre sur le droit chemin tout comme les égarer encore plus. Finalement, il était onze heures du matin quand ils virent enfin le service. La porté était très discrète, un simple panneau accroché sur sa gauche indiquant :

Service aux Dresseurs
Pour dresseurs Pokémons dans le besoin, conseils stratégiques, aide à la capture
Horaires d'ouverture :
Du Lundi au vendredi de 8h à 12h et de 13h30 à 18h

-On est... ? Demanda Hélène,inquiète.
-Jeudi, c'est bon. On y va.

La porte ne présentant aucune sonnette, ils se contentèrent d'entrer pour se retrouver dans une longue salle blanche, les murs décorés de tableaux de Pokémons diverses. Un bureau de secrétaire se trouvait tout au fond, avec la secrétaire derrière qui leva les yeux de son journal lorsque elle entendit le carillon d'entrée sonner. Ils hésitèrent un peu mais se dirigèrent vers elle.

-Bonjour les enfants, les accueillit-elle. Que puis-je pour vous ?
-Hum, disons que c'est au sujet d'une bourse de dresseur, répondit Hélène avec incertitude. Est-ce vous qui vous occupez de...
-Ah, une bourse. C'est au premier étage, indiqua-t-elle en présentant un escalier à sa gauche. C'est Mr Fly qui s'occupe de cela.
-Merci, répondirent-ils.

Ils grimpèrent à l'escalier et arrivèrent dans un petit couloir parsemé de plusieurs portes identiques. Les enfants le traversèrent en lisant les indications à chaque porte avant de s'arrêter devant une porte décorée d'un tableau de Miaouss où il était indique "J.Fly, bourses". Ils frappèrent à celle-ci et entrèrent quand ils y furent invités.

Mr Fly était un homme relativement jeune, peut-être la trentaine, avec les cheveux blond cendrés brossés vers l'arrière et un bouc bien taillé. Sa veste était dans un état impeccable et son bureau parfaitement propre. De toute évidence, c'était un homme qui avait un certain goût du luxe et qui appréciait la netteté : Tom ne se serait pas attendu à voir un homme de ce genre dans une entreprise qui avait tout de même l'air caritative. Il eut un sourire bienveillant en les voyant entrer.

-Bonjour. Asseyez-vous je vous prie. Vous vous appelez...?
-Je m'appelle Tom Smart, et voici ma sœur Hélène. Nous avons un problème et nous nous sommes dit que vous pourriez nous aider, déclara Tom en faisant de gros efforts de courtoisie.
-Je ferais ce que je peux, bien sûr. Allez-y, expliquez-moi.
-Eh bien voilà, nous avons, Hélène et moi, entreprit de faire... le parcours Dresseur, disons... il y a deux ans. À ce moment-là, nos parents nous assuraient notre survie en nous envoyant régulièrement de l'argent, et nous n'avions aucun souci. Cependant, ces derniers temps, nos parents sont devenus d'un coup bien plus méchants envers nous. Ils se sont mis à considérer que Dresseur, c'était un mauvais métier, et qu'ils voulaient pas qu'on continue, parce que c'était de la merde, que ça rapportait rien et...
-Tom, par pitié, l'interrompit Hélène, sois un peu plus poli.
-Ah oui pardon. Donc, je disais, ma mère surtout a voulu qu'on revienne. Mais nous, on a pas voulu, et ils ont décidé d'arrêter de nous fournir de l'argent. Donc là, on a plus d'argent. Est-ce que vous pourriez nous fournir une bourse afin que nous puissions continuer ? S'il y a un organisme qui peut le faire, je suppose que c'est le vôtre.

Mr. Fly ne répondit pas tout de suite. Il avait le regard légèrement éteint et on pouvait deviner qu'il était en train de réfléchir sérieusement à la situation.

-Je ne vous cacherai pas que je n'ai jamais eu à régler ce genre de litige, déclara-t-il enfin.

Il se retourna et fouilla parmi une pile de documents se trouvant dans l'étagère derrière lui. Il fit par en sortir un document d'aspect officiel qu'il présenta aux jumeaux, sans pour autant leur donner de stylo ou autre :

-Ceci est le formulaire de bourse. Généralement, les enfants qui viennent ici sont accompagnés de leurs parents, ou tout au moins d'un représentant officiel. Très souvent, ils sont ici parce que les parents ne peuvent pas leur fournir de l'aide, pas parce que ces derniers ne le souhaitent pas. Ceux qui ne sont pas accompagnés de parents le sont parce que ces derniers sont morts, en état de grave maladie ou indisponible pour une toute autre raison.

"Où veut-il en venir ?" S'interrogea Tom.

-En bref, les enfants ont tout de même le droit à un soutien familial ou autre. Or, pour obtenir une  bourse, il faut impérativement qu'un représentant officiel remplisse et signe sa propre part. Ce qui est impossible dans votre cas.
-Vous ne pourriez pas le remplir vous-même ? Demanda Hélène.
-Je ne suis pas un représentant, et je ne peux pas le devenir sans avoir la preuve que personne d'autre ne l'est ou ne peut l'être -ce qui n'est pas le cas ici, vos parents l'étant tout à fait légalement. Le fait qu'ils refusent de subvenir à vos besoins ne change rien à l'affaire : si vous décidez de porter l'affaire en justice, ce qui est en votre droit, ils se contenteront de vous déclarer fugueurs. Ils auront probablement une amende ou autre pour ne pas l'avoir fait plus tôt ou pour vous avoir fait chanter, mais dans ce cadre de circonstance, je serais surpris qu'on leur retire votre garde.
-Donc, nous n'avons pas le choix, il faut retourner chez eux ? C'est ça ?
-Pas forcément. Voilà ce que je vous propose : remplissez le formulaire en expliquant correctement votre situation dans le commentaire. Partant de là, il y a un espoir, certes mince, pour que la bourse vous soit accordé malgré tout. Ensuite, il y a des petits boulots que peuvent effectuer des dresseurs dans le besoin.

Il fit quelques manipulations sur son ordinateur et imprima une feuille qu'il leur tendit. Il y avait une liste d'entreprises et de services avec indiqué en dessous les emplois proposés, la durée (généralement courte) et le revenu. Tom la plia soigneusement et la rangea dans son sac.

-Vous trouverez dans la plupart des villes d'importance une filiale de Services aux Dresseurs, qui pourront vous proposer cette liste. N'hésiter pas à la réclamer. En agissant bien, vous devriez pouvoir vivre correctement et éduquer vos Pokémons en même temps. Un conseil cependant : ne prenez pas forcément six Pokémons avec vous; il sera plus simple d'en laisser plusieurs chez le professeur Sorbier. Ou bien arrangez-vous pour conserver un Pékemon capable de chasser où d'indiquer quelles baies sont comestibles.

-Merci, répondit chaleureusement -mais d'un ton légèrement raide- Hélène. Au moins maintenant, j'ai de l'espoir pour la suite.
-Vous ne devrez jamais perdre espoir. C'est là la clé du succès.
-Cependant une question... pensez-vous que nos parents puissent avoir raison ? Sur le fait que dresseur est un métier sans avenir ?
-Il est évident, bien sûr, que seuls les meilleurs parviennent à remporter les tournois d'envergure et à ramasser énormément d'argent. Mais il n'est pas nécessaire d'être le meilleur pour gagner sa vie, si c'est ce que vous demandez. Pour le moment, vous n'êtes probablement pas assez doué pour cela, et c'est normal. Mais si vous persévérez, je suis sûr que vous y arriverez. Vous avez surmonté l'opposition de vos parents et êtes prêts à travailler pour continuer, c'est déjà un signe.

Tom espérait qu'il ait raison lorsqu'ils sortirent du bâtiment, car la liste des travaux disponibles n'était pas très engageante : certains étaient très physiques -il s'agissait d'aider dans des boutiques ou ce genre de choses-, d'autres partaient sur une idée de garderie, de coursier ou autres. Le plus étonnant, pour lui, était qu'aucun des travaux proposés ne concernait vraiment les Pokémons.

-Pas si étonnant que ça au fond,répondit Hélène, puisque les travaux "Pokémonesques" sont plutôt réservés aux dresseurs et aux éleveurs d'élite, je suppose. Bon, je propose que l'on aille à la boulangerie, pour commencer. Pas forcément reposant, mais l'odeur sera déjà plus agréable, non ?
-J'aurais peut-être pensé à faire quelque chose qui nécessite de la force brute : après tout, j'ai un Machopeur, ce serait bête de ne pas s'en servir.
-Je vais ignorer ton lapsus monstrueux et faire comme si tu n'avais rien dit. Allons à la boulangerie.

La boulangerie était en fait une ancienne maison de campagne réaménagée en boutique, comme beaucoup de bâtiments du secteur. Aussi était-elle bordée d'un jardin rempli d'arbres noigrumiers, la plupart jaunes, avec un parterre de fleurs pour accueillir les clients. Lesdits clients semblaient plutôt nombreux, mais cela n'étonnait pas spécialement Hélène : une boulangerie avec peu de monde ne demanderait pas de l'aide. Elle traîna quelque peu Tom qui se demandait encore quel était le lapsus qu'il avait pu faire et entra dans la boutique en grillant les places de tous les clients.

-Tu es sûr que cela se fait ? Demanda ce dernier en voyant les airs réprobateurs des gens.
-On va vérifier ça tout de suite, répondit Hélène. L'un d'entre vous vient-il pour la proposition d'emploi à courte durée, que l'on se place derrière lui ? Lança-t-elle à la cantonade.

Les visages des clients se détendirent, et comme personne n'affirma être là pour l'emploi, ils se dirigèrent tout naturellement vers le fond, où une dame aux cheveux bouclés leur souriait. Les paroles d'Hélène avaient eu l'avantage de couper court à toute présentation timide à laquelle on s'attendait parfois.

-Bonjour, les enfants, dit-elle d'un ton chaleureux. Je suppose que mon mari vous a entendu, alors vous n'avez qu'à attendre qu'il vienne. Toutes les formalités sont à prendre avec lui.
-Les emplois sont donc toujours disponibles ? s'exclama joyeusement Hélène en donnant un coup de pied type "Ne parle pas maintenant et tout ira bien" à Tom.

Lequel comprit immédiatement où elle voulait en venir et stoppa son flux de pensée.

Si la dame leur offrait un spectacle, disons attendu, l'homme de famille les étonna plus. Il avait les cheveux longs, très féminins, et une belle paire de lunettes sur un visage glabre. Son corps était étonnement squelettique. "Nerd", pensa automatiquement Tom, tout en sachant que ce n'était forcément pas le cas : boulanger était un métier qui requérait du temps.

-Bien, venez avec moi, demanda-t-il aussitôt. Inutile de gêner les clients.

Et il les entraîna dans l'arrière-boutique, lequel se composait d'un énorme espace de travail et d'un four gigantesque. Tom se rendit compte soudain qu'il n'avait pas vraiment sa place ici : il n'avait aucune idée de comment on faisait cuire quoi que ce soit. Hélène devait s'y connaître un peu, mais il ne pouvait sans doute guère aider ici.

Un jeune homme, probablement majeur depuis peu, se trouvait dans le pièce. La première pensée qu'eut Hélène fut que s'il faisait partie de la famille, il tenait sans doute de sa mère. Les cheveux blonds bien que courts, les mêmes yeux, une certaine carrure dont elle disposait prouvait en tout cas aisément le lien de parenté. Il accueillit les deux nouvelles recrues avec enthousiasme, et Tom ne put s'empêcher de remarquer qu'il avait l'air fourbu.

-Des nouveaux ? demanda-t-il avec le même enthousiasme qu'avait Hélène une minute plus tôt. Ce n'est pas trop tôt. J'espère que la cadence infernale va s'arrêter. Il est impossible de tenir le rythme.
-Ahem, fit Tom pour attirer l'attention, même si ma sœur peut aider, je n'y connais rien en cuisine, alors il va peut-être falloir que je parte.
-Tant que tu sais compter, trier et enfourner, tu peux être utile, rétorqua l'homme aux lunettes avec une brutalité inattendue. Tu peux ?
-Oui, répondit le garçon d'un ton un peu pincé. Je dois savoir faire la différence entre des croissants et des pains au chocolat, si telle est la question.
-Tom...
-Pardon, Hélène.
-Tom et Hélène, donc, relança l'homme sur un ton plus amical -peut-être s'était-il rendu compte qu'il avait offensé le garçon. Je m'appelle Marc Gota, et voici Junior. Ma femme se nomme Marie.

"Marc, Marie, Marc, on peut dire qu'ils aiment les sonorités identiques", pensa Hélène un court instant. Elle salua cependant le garçon comme il se devait et se mit aussitôt en place près du poste de pétrissage avec lui. Tom, quand à lui, fut dirigé vers le four.
Hélène avait commencé une discussion avec Marc Junior au sujet de la boutique.

-Oh, l'affluence ne date pas spécialement d'hier, disait-t-il. Notre boutique a toujours été fameuse dans le voisinage, sans doute à cause du manque de concurrence. Cela veut aussi dire que l'on en vous en voudra pas trop de foirer les pains, dit-il avec un sourire entendu envers Hélène.
-Un peu de confiance, répondit-elle. Ma mère adorait faire la cuisine, et j'ai hérité de ce trait de caractère, disons. Ce n'est pas une experte en ce domaine, mais elle se débrouillait bien, aux dires des voisins -et de mon estomac.
-Pourquoi n'as-tu pas appris à faire la cuisine, alors, Tom ? s'étonna-t-il -enfin, il devait forcer le ton- en ce tournant vers lui.

Hélène avait beau ne pas pouvoir lui donner un coup de pied, la position centrale de Marc Junior lui permettait de mimer le geste sans se faire voir de lui tout en attirant l'attention de Tom. Il hésita un instant, puis se lança :

-Je n'estimais pas ça utile. Ma mère faisais la cuisine, ma sœur aussi, tout allait bien. Je préférais suivre ma voie, disons.
-Raisonnement stupide, affirma Junior. Elles ne seront pas toujours là pour toi.
-Tu ne penses pas forcément à ça à 7 ans où à 10.
-Certes. Donc, vous êtes quoi ? Dresseurs, orphelins, colonie de vacance ?
-Ah, vous n'avez pas fait une demande à un unique institut ? S'étonna pour de bon Hélène ? Eh bien, répondit-elle comme le jeune homme démentait, nous sommes dresseurs abandonnés par des parents sans scrupules.
-Quoi ?
-Nos parents nous ont coupés l'argent et nous ont demandé de rentrer à la maison, expliqua Tom.
-Ah, je vois, une divergence d'opinion ou un truc du genre, soutint-il en levant les yeux au ciel avec un léger sourire en coin. Et du coup, vous devez vous débrouiller seuls. Un peu jeunes pour ça, non, vous ne pensez pas ?

"Ce type ne me plait pas tant que ça", pensa Hélène.

-Tu voudrais qu'on se range avec nos parents, c'est ça ? Remarqua-t-elle avec un poil d'amertume.
-J'en sais rien, je ne connais pas tous les détails. Je disais juste que c'était un peu tôt pour se couper de sa famille. Vous avez quoi, 10-12 ans ? Attendez un peu pour être de bons adolescents rebelles.
-On est en avance sur notre âge, dit en riant Hélène.
-Vous semblez prendre les choses bien à la légère. Ça fait combien de temps que vous êtes coupé des sous ?
-Oh, une ou deux dizaines d'heures, lança Tom.
-Mouais, bon, vous avez pas idée de ce qu'est que la vie à la dure, quoi. Votre discours aura peut-être changé dans quelques jours de boulot.
-Vous travaillez, hein ? Lança la voix de Marc senior du fond de la boulangerie.
-Pas de panique, Senior. Pas de problèmes avec le four, Tom ?
-Viens juger par toi-même, répondit-il.

Il vint pour la forme et inspecta les pains. Il n'y avait rien à reprocher, si ce n'est que Tom était un peu lent à les sortir. En revanche, il le félicita pour sa force : le plat n'était pas du tout léger, et il était limite à la porter d'une seule main pour se gratter avec l'autre. Hélène, de son côté, avait remarqué le curieux formalisme de Marc qui appelait son père "Senior". De toute évidence, il avait lui aussi un instinct d'émancipation envers ses parents, malgré ce qu'il disait à leur sujet. Mais peut-être était-il sincère en disant qu'il les pense trop jeunes pour ça, et qu'il estimait que ce genre de choses devait se faire à son âge.

-Tu prendras le coup de main dans quelques jours. Au fait, vous comptez rester ici combien de temps ?
-Le papier indiquait que c'était pour cinq jours maximum, répondit très vite Hélène. Autant en profiter jusqu'au bout. Par contre, on bosse jusqu'à quelle heure ?
-La boulangerie ferme à 8 heures du soir -et ouvre à 6 heures du matin. Donc, on arrête la production à 7 heures du matin, et... bah, vous aurez qu'à venir à 8 heures 30, quand l'affluence commence à venir. Rassurez-vous, il y a tout de mêmes quelques trous de clientèle où vous n'aurez pas à travailler. On parlait de quoi, déjà ?
-Tu nous expliquait qu'on était de gros cons de vouloir faire un parcours de dresseur tout seul, rappela Tom.
-Pas dans ces termes, Tom, soupira Hélène. Enfin, sur un point, tu as raison, on prend un risque de trouver ça chiant. Mais autant essayer, non ?
-J'ai déjà essayé, fit remarquer le jeune homme. Très chiant, je vous assure.
-Oh, tu était dresseur ? Nota Tom d'une voix atone.
-Je le suis toujours. Sauf que je ne conserve que peu de Pokémons, et je ne passe pas ma vie à les entraîner.
-Un duel ce soir ? Juste histoire de me remettre dans le bain.
-... Je veux bien.

La discussion en resta là. Tom n'ajouta rien et se contenta de continuer d'enfourner et de mettre les pains à leur place, Junior avait un peu le sentiment que l'atmosphère était toujours tendue et Hélène ne voyait pas comment relancer de bonnes bases. Aussi continuèrent-ils leur travail dans le silence.
Ce n'est que lorsque Marc senior vint chercher les enfants pour discuter des détails du boulot et qu'Hélène choisit de rester sur place pour aider à faire le ménage que Junior osa poser sa question :

-Dis donc Hélène, je l'ai vexé, ton frère ? Je l'ai trouvé un peu mort, sur la fin, comme s'il cherchait à se contenir.
-Il a sans doute pas apprécié ta remarque sur les difficultés du boulot, comme moi d'ailleurs. Mais je ne pense pas que Tom soit du genre à laisser exploser sa rage sur le terrain, pas de craintes là-dessus, le rassura-t-elle.

En tout cas étais-ce ce qu'elle aurait aimé faire, car Marc Junior semblait toujours inquiet lorsqu'il repartit.




« Modifié: 15 novembre 2011, 10:04 par Trailokiavijaya »

Vvn Niger

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02 juillet 2010, 09:57
J'aime beaucoup,ça montre une façette plus mure de Pokemon et les problèmes qu'affronte le perso se rapprochent de la réalité.Bref,GG.

Theris

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02 juillet 2010, 10:31
Tiens, un commentaire.
Merci à toi, mais je dois te dire que ce souci n'en sera plus vraiment un dans un certain temps. Même si la tonalité du récite restera la même.

Vvn Niger

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02 juillet 2010, 11:11
Tu compte bientot mettre la suite?

Theris

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02 juillet 2010, 11:14
a vérité est qu'elle est en partie à refaire. J'ai écrit plusieurs chapitres, mais depuis que je les ais écrits, j'ai eu pas mal d'idées et il faut remettre à jour (notamment le mode de pensée de certains personnages).

Vvn Niger

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02 juillet 2010, 11:16
Ok,en tous cas je suis pressé de la lire :haulas:

Ck-Ub

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Theris

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11 juillet 2010, 07:35
Désolé, j'ai eu pas plus tard qu'hier une idée assez particulière sur l'évolution de l'histoire et il va falloir que j'y réfléchisse pour voir comment je l'inscrit. Après, à voir si je l'inclus dans le prochain chapitre ou non...

Theris

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12 juillet 2010, 22:24
Chapitre 1

Les premiers rayons de soleil commencèrent à percer les rideaux. Une lueur douce se répandit dans la chambre, enveloppant le lit à deux place où se trouvaient les jumeaux. Ceux-ci dormaient à poing fermés. Ils s'appelaient Tom et Hélène Smart, et étaient désormais officiellement sans le sou.

La lumière du matin ne les réveillait pas. Ils savaient tous deux qu'ils devraient perdre l'habitude du lit et comptaient profiter le plus possible de leur dernier hôtel. Tom aurait préféré conserver leur argent pour autre chose, mais Hélène avait tenu à avoir une dernière fois un petit déjeuner digne de ce nom. Il avait cédé : il ne tenait pas à devoir faire route avec une sœur râleuse et pleurnicheuse.

Il était sept heures du matin. Le réveil était programmé pour sonner à sept heures et demi : le petit déjeuner commençait à huit heures, mais le temps de se laver et de refaire les bagages, ils pouvaient se permettre une demi-heure d'avance. Et Tom tenait à repartir le plus vite possible. Il était pour lui plus que nécessaire de trouver des renseignements sur leur prochaine façon de vivre.

Lorsque le réveil sonna enfin, seul Tom se réveilla. Il n'avait pas passé une très bonne nuit, se réveillant à peu près toutes les deux heures jusqu'à ce qu'il soit une heure du matin. Il serait volontiers resté plus longtemps au lit, tout en sachant que cela serait impossible. Aussi secoua-t-il l'épaule de sa sœur et partit éteindre le réveil. Il se dirigea vers la douche pendant qu'Hélène remuait en marmonnant des imprécations.

Tom avait douze ans et avait par conséquent commencé son initiation il y a deux ans. On s'attachait à le considérer comme trop grand pour son âge, avec son mètre soixante. Il avait les cheveux bruns et courts, ainsi que les yeux assortis. Son visage était plutôt long, légèrement carré, ce qui avec son air assez renfrogné ainsi que sa musculature ne contribuait pas à lui donner une image avenante. De fait, il ressemblait assez à son père, qui exerce un métier assez physique : plombier. On aurait pu assez facilement l'opposer à sa sœur Hélène, qui contrairement à lui est petite, maigre et peu musclée, d'autant plus qu'elle a sans cesse l'air intimidée, mais les ressemblances physiques ne manquent pas pour autant : ils ont les mêmes yeux, les mêmes cheveux (mais pas la même coupe de cheveux), le même nez petit et crochu. Ils ont de surcroît un autre point en commun : ils ont tous deux passé la puberté en avance.

-Bordel, il peut pas déjà être l'heure de partir, marmonna la fille.
-Bah si, répondit Tom depuis la salle de bains. Passé une bonne nuit ?
-Correcte, si on en croit le réveil, mais j'ai l'impression d'avoir dormi dix secondes, quoi. Tu comptes sortir dans combien de temps ?
-Je viens de rentrer ! Espère pas avant dix minutes ! T'as qu'à faire ton sac en attendant.
-Arrête de me donner des ordres.
-T'appelles ça un ordre toi ?

Elle ne répondit pas. Le garçon rigola tout seul et entreprit aussitôt de se dépêcher.

Il leur fallut près d'une demi-heure pour finir de se préparer, comme prévu, et lorsque ils descendirent prendre le petit déjeuner, celui-ci n'était pas prêt, comme pas prévu. Ils passèrent les dix minutes suivantes à pester en silence ou non contre le service déplorable des hôtels en général et à imaginer ce qu'ils feraient forcément beaucoup mieux à leur place, avant que les serveurs ne sortent enfin les toasts. Tom dut de nouveau calmer Hélène qui lui fit sentir lourdement qu'ils auraient pu en profiter pour rester au lit, et qu'au final si même les serveurs n'étaient pas prêts aussi tôt, les bureaux étaient peut-être pas encore ouvert etc.

-Bon, Hélène, je ne suis pas prophète, je ne connais personne de sérieux qui peut m'apprendre à être prophète et je me vois mal t'improviser des prophéties. De même, je ne crois pas que le gérant de l'hôtel soit prophète et aurait pu me prophétiser que les serveurs allaient avoir du retard aujourd'...
-Tu répètes trop souvent prophète, tu devrais varier ton vocabulaire. Tu veux un dictionnaire pour ton anniversaire ?
-Comme si tu avais de quoi me payer un dictionnaire...
-Ta gueule, veux-tu ?

Hélène regardait son frère avec une expression mi-désespérée mi-colérique, pendant que son frère se contentait de tapoter du doigt d'un air insolent. Voyant qu'il n'arrêtait pas, elle lui colla une baffe. Puis ils reprirent leur petit déjeuner  comme si de rien n'était.

Celui-ci terminé, Tom alla chercher les sacs et remit les clefs au gérant. Il en profita pour lui poser une question :

-Vous ne saurez pas où nous pourrions trouver un organisme d'aide aux Dresseurs Pokémons, ou un truc dans ce genre ?
-Le Centre Pokémon ? Il se trouve au 240, rue des...
-Non, non. Je parle d'un endroit où ce sont les dresseurs qui ont de l'aide. Une sorte de syndicat ou autre, vous comprenez ?
-Ah d'accord... eh bien, il doit y avoir le service aux Dresseurs qui pourrait vous aider. Ils s'occupent entre autres de bourses pour Dresseurs dans le besoin.
"Une bourse ? Pensa Tom. Parfait !"
-Je pense que c'est ce qu'il nous faut. Vous pourriez nous l'indiquer sur une carte ?

Il partit chercher une carte dans une des étagères derrière lui, puis la déploya. Il indiqua en premier lieu la position de l'hôtel, puis celle du service. Il leur conseilla ensuite de prendre le bus "Comme si on avait de quoi prendre le bus, maintenant". En sortant, Hélène remarqua une expression peinée sur la tête de ce dernier et se demanda s'il avait entendu la fin de leur conversation.  "S'il y a dans ce monde des gens capables de s'apitoyer sur notre sort, fasse qu'ils puisse également y remédier", pensa-t-elle.

Malgré la carte, il leur fallut plus de deux heures pour pouvoir se rendre au service. Ils vérifiaient la carte à chaque intersection ou presque, pourtant ils réussirent à se perdre dans l'un des dédales qu'ils devaient emprunter. Plus d'une fois, ils durent s'en remettre à l'aide bienveillante mais pas toujours correcte d'un passant, ce qui pouvait les remettre sur le droit chemin tout comme les égarer encore plus. Finalement, il était onze heures du matin quand ils virent enfin le service. La porté était très discrète, un simple panneau accroché sur sa gauche indiquant :

Service aux Dresseurs
Pour dresseurs Pokémons dans le besoin, conseils stratégiques, aide à la capture
Horaires d'ouverture :
Du Lundi au vendredi de 8h à 12h et de 13h30 à 18h

-On est... ? Demanda Hélène,inquiète.
-Jeudi, c'est bon. On y va.

La porte ne présentant aucune sonnette, ils se contentèrent d'entrer pour se retrouver dans une longue salle blanche, les murs décorés de tableaux de Pokémons diverses. Un bureau de secrétaire se trouvait tout au fond, avec la secrétaire derrière qui leva les yeux de son journal lorsque elle entendit le carillon d'entrée sonner. Ils hésitèrent un peu mais se dirigèrent vers elle.

-Bonjour les enfants, les accueillit-elle. Que puis-je pour vous ?
-Hum, disons que c'est au sujet d'une bourse de dresseur, répondit Hélène avec incertitude. Est-ce vous qui vous occupez de...
-Ah, une bourse. C'est au premier étage, indiqua-t-elle en présentant un escalier à sa gauche. C'est Mr Fly qui s'occupe de cela.
-Merci, répondirent-ils.

Ils grimpèrent à l'escalier et arrivèrent dans un petit couloir parsemé de plusieurs portes identiques. Les enfants le traversèrent en lisant les indications à chaque porte avant de s'arrêter devant une porte décorée d'un tableau de Miaouss où il était indique "J.Fly, bourses". Ils frappèrent à celle-ci et entrèrent quand ils y furent invités.

Mr Fly était un homme relativement jeune, peut-être la trentaine, avec les cheveux blond cendrés brossés vers l'arrière et un bouc bien taillé. Sa veste était dans un état impeccable et son bureau parfaitement propre. De toute évidence, c'était un homme qui avait un certain goût du luxe et qui appréciait la netteté : Tom ne se serait pas attendu à voir un homme de ce genre dans une entreprise qui avait tout de même l'air caritative. Il eut un sourire bienveillant en les voyant entrer.

-Bonjour. Asseyez-vous je vous prie. Vous vous appelez...?
-Je m'appelle Tom Smart, et voici ma sœur Hélène. Nous avons un problème et nous nous sommes dit que vous pourriez nous aider, déclara Tom en faisant de gros efforts de courtoisie.
-Je ferais ce que je peux, bien sûr. Allez-y, expliquez-moi.
-Eh bien voilà, nous avons, Hélène et moi, entreprit de faire... le parcours Dresseur, disons... il y a deux ans. À ce moment-là, nos parents nous assuraient notre survie en nous envoyant régulièrement de l'argent, et nous n'avions aucun souci. Cependant, ces derniers temps, nos parents sont devenus d'un coup bien plus méchants envers nous. Ils se sont mis à considérer que Dresseur, c'était un mauvais métier, et qu'ils voulaient pas qu'on continue, parce que c'était de la merde, que ça rapportait rien et...
-Tom, par pitié, l'interrompit Hélène, sois un peu plus poli.
-Ah oui pardon. Donc, je disais, ma mère surtout a voulu qu'on revienne. Mais nous, on a pas voulu, et ils ont décidé d'arrêter de nous fournir de l'argent. Donc là, on a plus d'argent. Est-ce que vous pourriez nous fournir une bourse afin que nous puissions continuer ? S'il y a un organisme qui peut le faire, je suppose que c'est le vôtre.

Mr. Fly ne répondit pas tout de suite. Il avait le regard légèrement éteint et on pouvait deviner qu'il était en train de réfléchir sérieusement à la situation.

-Je ne vous cacherai pas que je n'ai jamais eu à régler ce genre de litige, déclara-t-il enfin.

Il se retourna et fouilla parmi une pile de documents se trouvant dans l'étagère derrière lui. Il fit par en sortir un document d'aspect officiel qu'il présenta aux jumeaux, sans pour autant leur donner de stylo ou autre :

-Ceci est le formulaire de bourse. Généralement, les enfants qui viennent ici sont accompagnés de leurs parents, ou tout au moins d'un représentant officiel. Très souvent, ils sont ici parce que les parents ne peuvent pas leur fournir de l'aide, pas parce que ces derniers ne le souhaitent pas. Ceux qui ne sont pas accompagnés de parents le sont parce que ces derniers sont morts, en état de grave maladie ou indisponible pour une toute autre raison.

"Où veut-il en venir ?" S'interrogea Tom.

-En bref, les enfants ont tout de même le droit à un soutien familial ou autre. Or, pour obtenir une  bourse, il faut impérativement qu'un représentant officiel remplisse et signe sa propre part. Ce qui est impossible dans votre cas.
-Vous ne pourriez pas le remplir vous-même ? Demanda Hélène.
-Je ne suis pas un représentant, et je ne peux pas le devenir sans avoir la preuve que personne d'autre ne l'est ou ne peut l'être -ce qui n'est pas le cas ici, vos parents l'étant tout à fait légalement. Le fait qu'ils refusent de subvenir à vos besoins ne change rien à l'affaire : si vous décidez de porter l'affaire en justice, ce qui est en votre droit, ils se contenteront de vous déclarer fugueurs. Ils auront probablement une amende ou autre pour ne pas l'avoir fait plus tôt ou pour vous avoir fait chanter, mais dans ce cadre de circonstance, je serais surpris qu'on leur retire votre garde.
-Donc, nous n'avons pas le choix, il faut retourner chez eux ? C'est ça ?
-Pas forcément. Voilà ce que je vous propose : remplissez le formulaire en expliquant correctement votre situation dans le commentaire. Partant de là, il y a un espoir, certes mince, pour que la bourse vous soit accordé malgré tout. Ensuite, il y a des petits boulots que peuvent effectuer des dresseurs dans le besoin.

Il fit quelques manipulations sur son ordinateur et imprima une feuille qu'il leur tendit. Il y avait une liste d'entreprises et de services avec indiqué en dessous les emplois proposés, la durée (généralement courte) et le revenu. Tom la plia soigneusement et la rangea dans son sac.

-Vous trouverez dans la plupart des villes d'importance une filiale de Services aux Dresseurs, qui pourront vous proposer cette liste. N'hésiter pas à la réclamer. En agissant bien, vous devriez pouvoir vivre correctement et éduquer vos Pokémons en même temps. Un conseil cependant : ne prenez pas forcément six Pokémons avec vous; il sera plus simple d'en laisser plusieurs chez le professeur Sorbier. Ou bien arrangez-vous pour conserver un Pékemon capable de chasser où d'indiquer quelles baies sont comestibles.

-Merci, répondit chaleureusement -mais d'un ton légèrement raide- Hélène. Au moins maintenant, j'ai de l'espoir pour la suite.
-Vous ne devrez jamais perdre espoir. C'est là la clé du succès.
-Cependant une question... pensez-vous que nos parents puissent avoir raison ? Sur le fait que dresseur est un métier sans avenir ?
-Il est évident, bien sûr, que seuls les meilleurs parviennent à remporter les tournois d'envergure et à ramasser énormément d'argent. Mais il n'est pas nécessaire d'être le meilleur pour gagner sa vie, si c'est ce que vous demandez. Pour le moment, vous n'êtes probablement pas assez doué pour cela, et c'est normal. Mais si vous persévérez, je suis sûr que vous y arriverez. Vous avez surmonté l'opposition de vos parents et êtes prêts à travailler pour continuer, c'est déjà un signe.

Tom espérait qu'il ait raison lorsqu'ils sortirent du bâtiment, car la liste des travaux disponibles n'était pas très engageante : certains étaient très physiques -il s'agissait d'aider dans des boutiques ou ce genre de choses-, d'autres partaient sur une idée de garderie, de coursier ou autres. Le plus étonnant, pour lui, était qu'aucun des travaux proposés ne concernait vraiment les Pokémons.

-Pas si étonnant que ça au fond,répondit Hélène, puisque les travaux "Pokémonesques" sont plutôt réservés aux dresseurs et aux éleveurs d'élite, je suppose. Bon, je propose que l'on aille à la boulangerie, pour commencer. Pas forcément reposant, mais l'odeur sera déjà plus agréable, non ?
-J'aurais peut-être pensé à faire quelque chose qui nécessite de la force brute : après tout, j'ai un Machopeur, ce serait bête de ne pas s'en servir.
-Je vais ignorer ton lapsus monstrueux et faire comme si tu n'avais rien dit. Allons à la boulangerie.

La boulangerie était en fait une ancienne maison de campagne réaménagée en boutique, comme beaucoup de bâtiments du secteur. Aussi était-elle bordée d'un jardin rempli d'arbres noigrumiers, la plupart jaunes, avec un parterre de fleurs pour accueillir les clients. Lesdits clients semblaient plutôt nombreux, mais cela n'étonnait pas spécialement Hélène : une boulangerie avec peu de monde ne demanderait pas de l'aide. Elle traîna quelque peu Tom qui se demandait encore quel était le lapsus qu'il avait pu faire et entra dans la boutique en grillant les places de tous les clients.

-Tu es sûr que cela se fait ? Demanda ce dernier en voyant les airs réprobateurs des gens.
-On va vérifier ça tout de suite, répondit Hélène. L'un d'entre vous vient-il pour la proposition d'emploi à courte durée, que l'on se place derrière lui ? Lança-t-elle à la cantonade.

Les visages des clients se détendirent, et comme personne n'affirma être là pour l'emploi, ils se dirigèrent tout naturellement vers le fond, où une dame aux cheveux bouclés leur souriait. Les paroles d'Hélène avaient eu l'avantage de couper court à toute présentation timide à laquelle on s'attendait parfois.

-Bonjour, les enfants, dit-elle d'un ton chaleureux. Je suppose que mon mari vous a entendu, alors vous n'avez qu'à attendre qu'il vienne. Toutes les formalités sont à prendre avec lui.
-Les emplois sont donc toujours disponibles ? s'exclama joyeusement Hélène en donnant un coup de pied type "Ne parle pas maintenant et tout ira bien" à Tom.

Lequel comprit immédiatement où elle voulait en venir et stoppa son flux de pensée.

Si la dame leur offrait un spectacle, disons attendu, l'homme de famille les étonna plus. Il avait les cheveux longs, très féminins, et une belle paire de lunettes sur un visage glabre. Son corps était étonnement squelettique. "Nerd", pensa automatiquement Tom, tout en sachant que ce n'était forcément pas le cas : boulanger était un métier qui requérait du temps.

-Bien, venez avec moi, demanda-t-il aussitôt. Inutile de gêner les clients.

Et il les entraîna dans l'arrière-boutique, lequel se composait d'un énorme espace de travail et d'un four gigantesque. Tom se rendit compte soudain qu'il n'avait pas vraiment sa place ici : il n'avait aucune idée de comment on faisait cuire quoi que ce soit. Hélène devait s'y connaître un peu, mais il ne pouvait sans doute guère aider ici.

Un jeune homme, probablement majeur depuis peu, se trouvait dans le pièce. La première pensée qu'eut Hélène fut que s'il faisait partie de la famille, il tenait sans doute de sa mère. Les cheveux blonds bien que courts, les mêmes yeux, une certaine carrure dont elle disposait prouvait en tout cas aisément le lien de parenté. Il accueillit les deux nouvelles recrues avec enthousiasme, et Tom ne put s'empêcher de remarquer qu'il avait l'air fourbu.

-Des nouveaux ? demanda-t-il avec le même enthousiasme qu'avait Hélène une minute plus tôt. Ce n'est pas trop tôt. J'espère que la cadence infernale va s'arrêter. Il est impossible de tenir le rythme.
-Ahem, fit Tom pour attirer l'attention, même si ma sœur peut aider, je n'y connais rien en cuisine, alors il va peut-être falloir que je parte.
-Tant que tu sais compter, trier et enfourner, tu peux être utile, rétorqua l'homme aux lunettes avec une brutalité inattendue. Tu peux ?
-Oui, répondit le garçon d'un ton un peu pincé. Je dois savoir faire la différence entre des croissants et des pains au chocolat, si telle est la question.
-Tom...
-Pardon, Hélène.
-Tom et Hélène, donc, relança l'homme sur un ton plus amical -peut-être s'était-il rendu compte qu'il avait offensé le garçon. Je m'appelle Marc Gota, et voici Junior. Ma femme se nomme Marie.

"Marc, Marie, Marc, on peut dire qu'ils aiment les sonorités identiques", pensa Hélène un court instant. Elle salua cependant le garçon comme il se devait et se mit aussitôt en place près du poste de pétrissage avec lui. Tom, quand à lui, fut dirigé vers le four.
Hélène avait commencé une discussion avec Marc Junior au sujet de la boutique.

-Oh, l'affluence ne date pas spécialement d'hier, disait-t-il. Notre boutique a toujours été fameuse dans le voisinage, sans doute à cause du manque de concurrence. Cela veut aussi dire que l'on en vous en voudra pas trop de foirer les pains, dit-il avec un sourire entendu envers Hélène.
-Un peu de confiance, répondit-elle. Ma mère adorait faire la cuisine, et j'ai hérité de ce trait de caractère, disons. Ce n'est pas une experte en ce domaine, mais elle se débrouillait bien, aux dires des voisins -et de mon estomac.
-Pourquoi n'as-tu pas appris à faire la cuisine, alors, Tom ? s'étonna-t-il -enfin, il devait forcer le ton- en ce tournant vers lui.

Hélène avait beau ne pas pouvoir lui donner un coup de pied, la position centrale de Marc Junior lui permettait de mimer le geste sans se faire voir de lui tout en attirant l'attention de Tom. Il hésita un instant, puis se lança :

-Je n'estimais pas ça utile. Ma mère faisais la cuisine, ma sœur aussi, tout allait bien. Je préférais suivre ma voie, disons.
-Raisonnement stupide, affirma Junior. Elles ne seront pas toujours là pour toi.
-Tu ne penses pas forcément à ça à 7 ans où à 10.
-Certes. Donc, vous êtes quoi ? Dresseurs, orphelins, colonie de vacance ?
-Ah, vous n'avez pas fait une demande à un unique institut ? S'étonna pour de bon Hélène ? Eh bien, répondit-elle comme le jeune homme démentait, nous sommes dresseurs abandonnés par des parents sans scrupules.
-Quoi ?
-Nos parents nous ont coupés l'argent et nous ont demandé de rentrer à la maison, expliqua Tom.
-Ah, je vois, une divergence d'opinion ou un truc du genre, soutint-il en levant les yeux au ciel avec un léger sourire en coin. Et du coup, vous devez vous débrouiller seuls. Un peu jeunes pour ça, non, vous ne pensez pas ?

"Ce type ne me plait pas tant que ça", pensa Hélène.

-Tu voudrais qu'on se range avec nos parents, c'est ça ? Remarqua-t-elle avec un poil d'amertume.
-J'en sais rien, je ne connais pas tous les détails. Je disais juste que c'était un peu tôt pour se couper de sa famille. Vous avez quoi, 10-12 ans ? Attendez un peu pour être de bons adolescents rebelles.
-On est en avance sur notre âge, dit en riant Hélène.
-Vous semblez prendre les choses bien à la légère. Ça fait combien de temps que vous êtes coupé des sous ?
-Oh, une ou deux dizaines d'heures, lança Tom.
-Mouais, bon, vous avez pas idée de ce qu'est que la vie à la dure, quoi. Votre discours aura peut-être changé dans quelques jours de boulot.
-Vous travaillez, hein ? Lança la voix de Marc senior du fond de la boulangerie.
-Pas de panique, Senior. Pas de problèmes avec le four, Tom ?
-Viens juger par toi-même, répondit-il.

Il vint pour la forme et inspecta les pains. Il n'y avait rien à reprocher, si ce n'est que Tom était un peu lent à les sortir. En revanche, il le félicita pour sa force : le plat n'était pas du tout léger, et il était limite à la porter d'une seule main pour se gratter avec l'autre. Hélène, de son côté, avait remarqué le curieux formalisme de Marc qui appelait son père "Senior". De toute évidence, il avait lui aussi un instinct d'émancipation envers ses parents, malgré ce qu'il disait à leur sujet. Mais peut-être était-il sincère en disant qu'il les pense trop jeunes pour ça, et qu'il estimait que ce genre de choses devait se faire à son âge.

-Tu prendras le coup de main dans quelques jours. Au fait, vous comptez rester ici combien de temps ?
-Le papier indiquait que c'était pour cinq jours maximum, répondit très vite Hélène. Autant en profiter jusqu'au bout. Par contre, on bosse jusqu'à quelle heure ?
-La boulangerie ferme à 8 heures du soir -et ouvre à 6 heures du matin. Donc, on arrête la production à 7 heures du matin, et... bah, vous aurez qu'à venir à 8 heures 30, quand l'affluence commence à venir. Rassurez-vous, il y a tout de mêmes quelques trous de clientèle où vous n'aurez pas à travailler. On parlait de quoi, déjà ?
-Tu nous expliquait qu'on était de gros cons de vouloir faire un parcours de dresseur tout seul, rappela Tom.
-Pas dans ces termes, Tom, soupira Hélène. Enfin, sur un point, tu as raison, on prend un risque de trouver ça chiant. Mais autant essayer, non ?
-J'ai déjà essayé, fit remarquer le jeune homme. Très chiant, je vous assure.
-Oh, tu était dresseur ? Nota Tom d'une voix atone.
-Je le suis toujours. Sauf que je ne conserve que peu de Pokémons, et je ne passe pas ma vie à les entraîner.
-Un duel ce soir ? Juste histoire de me remettre dans le bain.
-... Je veux bien.

La discussion en resta là. Tom n'ajouta rien et se contenta de continuer d'enfourner et de mettre les pains à leur place, Junior avait un peu le sentiment que l'atmosphère était toujours tendue et Hélène ne voyait pas comment relancer de bonnes bases. Aussi continuèrent-ils leur travail dans le silence.
Ce n'est que lorsque Marc senior vint chercher les enfants pour discuter des détails du boulot et qu'Hélène choisit de rester sur place pour aider à faire le ménage que Junior osa poser sa question :

-Dis donc Hélène, je l'ai vexé, ton frère ? Je l'ai trouvé un peu mort, sur la fin, comme s'il cherchait à se contenir.
-Il a sans doute pas apprécié ta remarque sur les difficultés du boulot, comme moi d'ailleurs. Mais je ne pense pas que Tom soit du genre à laisser exploser sa rage sur le terrain, pas de craintes là-dessus, le rassura-t-elle.

En tout cas étais-ce ce qu'elle aurait aimé faire, car Marc Junior semblait toujours inquiet lorsqu'il repartit.

Theris

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14 mai 2011, 20:20
Puisque la section semble reprendre un peu du poil de la bête, je demande : quelqu'un serait intéressé pour que je reprenne l'histoire ?

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